"poemas"
por Jean Arp.

      

 


El maestro clavador

Cuando llego
mis amigos lo dejan todo
y se precipitan
para verme clavar.
Mi martillo y yo
somos uno.
Sólo sé clavar clavos
en la miga de pan.
Pero cuando clavo clavos
en la miga de pan
clavo tan bien
que mis amigos lo olvidan todo
y se sienten literalmente transportados
transfigurados en azur puro.
Sólo lenta lentamente
reaparecen
para volver a ser
azul corriente
luego carne y hueso
cuando dejo de clavar mis clavos
en la miga de pan.

Le maître cloueur

Quand j’arrive
mes amis laissent tout tomber
et accourent
pour me voir clouer.
Mon marteau et moi
ne font qu’un.
Je ne sais que clouer des clous
dans la mie de pain.
Mais quand je cloue des clous
dans la mie de pain
je cloue si bien
que mes amis oublient tout
et sont littéralement transportés
transfigurés en azur pur.
Ce n’est que lentement lentement
qu’ils réapparaissent
qu’ils se reconstituent
en azur courant
puis en chair et en os
après que j’ai cessé de clouer mes clous
dans la mie de pain.

 

La catedral es un corazón

La catedral es un corazón.
¿Cómo he podido decir
que la catedral de Estrasburgo
es un corazón?
Por la misma razón
que ustedes podrían decir
que somos una rama de estrellas
que los ángeles tienen manos de muñeca
que el azul está en peligro de muerte
que detesta a los superhombres
y prefiere los muñecos de nieve
que se derriten en una playa estival
rodeados de lámparas de petróleo.
La catedral es un corazón.
La torre, un brote.
¿Han contado los escalones
que llevan a la plataforma?
Cada noche son más numerosos.
Se multiplican.
La torre gira
y gira a su alrededor.
Gira crece
danza con sus santas
y sus santos
con sus corazones.
¿Echará a volar con sus ángeles
la torre de la catedral de Estrasburgo?
La catedral de Estrasburgo
es una golondrina.
Las golondrinas
creen en los ángeles de nubes.
Las golondrinas
no creen en las escalas.
Para ascender por el aire
se dejan caer en el aire
el aire tejido
de azul infinito.
La catedral de Estrasburgo
es una golondrina.
Se deja caer en el cielo alado
en el aire de los ángeles.

La cathédrale est un cœur

La cathédrale est un cœur.
Comment ai-je pu dire
que la cathédrale de Strasbourg
était un cœur?
Pour la même raison
que vous pourriez dire
que nous sommes une branche d’étoiles
que les anges ont des mains de poupée
que le bleu est en danger de mort
qu’il déteste les surhommes
et qu’il préfère les hommes de neige
qui fondent sur une plage d’été
entourés de lampes à pétrole.
La cathédrale est un cœur.
La tour est un bourgeon.
Avez-vous compté les marches
qui mènent à la plate-forme?
Elles deviennent chaque soir de plus en plus nombreuses.
Elles poussent.
La tour tourne
et tourne autour d’elle.
Elle tourne elle pousse
elle danse avec ses saintes
et ses saints
avec ses cœurs.
S’envolera-t-elle avec ses anges
la tour de la cathédrale de Strasbourg?
La cathédrale de Strasbourg
est une hirondelle.
Les hirondelles
croient aux anges de nuages.
Les hirondelles
ne croient pas aux échelles.
Pour monter en l’air
elles se laissent tomber en l’air
dans l’air tissé
de bleu infini.
La cathédrale de Strasbourg
est une hirondelle.
Elle se laisse tomber dans le ciel ailé
dans l’air des anges.

Muñeca

Soy una muñeca.
Pero un alma
me vendría de perlas.
¿Por qué no soy una canción?
¿Por qué no tengo alas?
¿No hay nadie
que quiera darme al menos
una cola de plata?
Una cola de plata
un arroyo que murmure a mi paso.
Tengo la cabeza de porcelana.
Sobre la cabeza un sombrero de porcelana
no estaría de más.
Sí, sería tan necesario
como una cruz sobre una campana.
Soy pobre.
Estoy desnuda.
Pero nada hay que no me hayan prometido ya.

De Hacia el blanco infinito

Poupée

Je suis une poupée.
Mais une âme
me viendrait bien à propos.
Pourquoi ne suis-je pas une chanson?
Pourquoi n’ai-je pas d’ailes?
N’y a-t-il personne
qui veut me donner au moins
une traîne d’argent?
Une traîne d’argent
un ruisseau qui murmure derrière moi.
Ma tête est en porcelaine.
Sur ma tête un chapeau en porcelaine
ne serait pas exagéré.
Oui, il serait aussi nécessaire
qu’une croix sur une cloche.
Je suis pauvre.
Je suis nue.
Et que ne m’a-t-on pas déjà promis!

De Vers le blanc infini

Quiero saludar en crudo

¿Dónde está mi cuchillo?
Quiero pelar
a uno de mis súbditos
para desentumecerme
para no perder el tiento.
¿Dónde está mi balanza?
Quiero balancear mi árbol.
¿Dónde está mi tambor?
¿Dónde, mi rueda?
Quiero rodar
y quiero rodar sin parar
sobre mi tambor y mi rueda.
¿Dónde está mi querida muñeca de niebla?
¿mi manzana viviente
con voz de arena
con ojos de reloj de arena
con dientes de rosa?
¿Dónde están mis narizotas rusas
llenas de caviar?
Quiero caviar.
¿Dónde está mi sombrero maduro?
Quiero saludar en crudo.

Je veux saluer cru

Où est mon couteau?
Je veux peler
un de mes sujets
pour me dégourdir
pour me donner du doigté.
Où est ma balance?
Je veux balancer mon arbre.
Où est mon tambour?
Où est ma roue?
Je veux rouler
et copieusement que je veux rouler
sur mon tambour et ma roue.
Où est ma chère poupée de brouillard?
ma pomme vivante
à la voix de sable
aux yeux de sablier
aux dents de roses?
Où sont mes nez russes généreux
pleins de caviar?
Je veux du caviar.
Où est mon chapeau mur?
Je veux saluer cru.

De cisnes sellados

Sobre una cima frágil
reposa un espejo sin playa.
¿Qué hacer del aire
cuando muere el águila?
¿Qué hacer de los pianos de nieve?
que provocan muecas
entre las lámparas
que unos niños austeros encienden
indolentes.
Las pagodas abren las alas
y alzan el vuelo.
Las Evas florecen.
Del puente levadizo brotan
armaduras brillantes
con talones de vidrio.
¿Qué hacer de los pequeños inquietos
disfrazados de cisnes sellados?

En cygnes scellés

Sur une cime fragile
repose un miroir sans plage.
Que faire de l’air
lorsque l’aigle est mort?
Que faire des pianos de neige?
qui provoquent des grimaces
parmi les lampes
que des enfants austères allument
avec nonchalance.
Des pagodes ouvrent leurs ailes
et s’envolent.
Des Èves fleurissent.
Du pont-levis sortent
des armures brillantes
aux talons de verre.
Que faire des petits agiles
costumés en cygnes scellés?

 

El padre, la madre, el hijo, la hija

El padre se ha colgado
en lugar del péndulo.
La madre es muda.
La hija es muda.
El hijo es mudo.
Los tres siguen
el tic tac del padre.

La madre es de aire.
El padre vuela a través de la madre.
El hijo es uno de los cuervos
de la plaza San Marcos en Venecia.
La hija es una paloma mensajera.

La hija es dulce.
El padre se come a la hija.
La madre corta al padre en dos
se come una mitad
y ofrece la otra al hijo.

El hijo es una coma.
La hija no tiene pies ni cabeza.
La madre es un huevo espoleado.
De la boca del padre
cuelgan colas de palabras.

El hijo es una pala rota.
El padre no tiene más remedio
que trabajar la tierra
con su larga lengua.
La madre sigue el ejemplo de Cristóbal Colón.
Camina sobre las manos desnudas
y atrapa con los pies desnudos
un huevo de aire tras otro.
La hija remienda el desgaste de un eco.
La madre es un cielo gris
por el que vuela bajo muy bajo
un padre de papel secante
cubierto de manchas de tinta.
El hijo es una nube.
Cuando llora, llueve.
La hija es una lágrima imberbe.

De El velero en la foresta

Le pére, la mére, le fils, la fille

Le père s’est pendu
à la place de la pendule.
La mère est muette.
La fille est muette.
Le fils est muet.
Tous les trois suivent
le tic-tac du père.

La mère est de l’air.
Le père vole à travers la mère.
Le fils est un des corbeaux
de la place Saint-Marc à Venise.
La fille est un pigeon voyageur.

La fille est douce.
Le père mange la fille.
La mère coupe le père en deux
en mange une moitié
et offre l’autre à son fils.

Le fils est une virgule.
La fille n’a ni queue ni tête.
La mère est un œuf éperonné.
De la bouche du père
pendent des queues de mots.

Le fils est une pelle cassée.
Le père est donc forcé
de labourer la terre
avec sa longue langue.
La mère suit l’exemple de Christophe Colomb.
Elle marche sur ses mains nues
et attrape avec ses pieds nus
un œuf d’air après l’autre.
La fille raccommode l’usure d’un écho.
La mère est un ciel gris
où traîne en bas tout en bas
un père en papier buvard
couvert de taches d’encre.
Le fils est un nuage.
Quand il pleure il pleut.
La fille est une larme imberbe.

De Le voilier dans la forêt

 

ARP EN CASTELLANO

Jean Arp, retrospectiva, 1915-1966, Madrid, Círculo de Bellas Artes, 2006 [catálogo de exposición]
Invenció de formes, Barcelona, Fundació Joan Miró, 2001
Días deshojados, Madrid, Hiperión, 1983
Tres novelas ejemplares, Santiago de Chile, Zig-Zag, 1935



 

 


 



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